Septembre 2011: suite à la décision d’arrêter l’émission “Identités”, qui pourtant fait d’excellentes audiences et qui sera finalement reconduite l’année suivante, on me propose de présenter “Ça déménage”, un nouveau concept créé par la télévision israélienne.

Il s’agit d’un jeu télévisé dans lequel des participants (5 ou 6, généralement des membres d’une famille ou des colocataires) mettent en jeu un objet leur appartenant. S’ils répondent correctement à 4 des 5 questions qui leur sont posées par l’animateur, l’objet mis en jeu est remplacé par un objet similaire neuf (une télé contre une télé, un lit contre un lit, etc.). Si les participants échouent, leur objet mis en jeu est perdu, embarqué par l’équipe de l’émission et est remis à un organisme de charité. L’émission est enregistrée au domicile des participants.
Avant de commencer le jeu, les participants choisissent un Capitaine, qui est responsable de donner la réponse finale des participants. L’animateur pose aux participants un total de cinq questions de culture générale, et le Capitaine doit avoir donné la bonne réponse à quatre d’entre elles pour remporter le prix. Les participants ont vingt secondes par question pour se consulter. Le Capitaine doit donner sa réponse dans le délai de vingt secondes.

Tournée en deux sessions ette émission, dont le principe est assez sympa, ne durera cependant pas. Cinq épisodes seront tournés et le jeu ne sera pas reconduit. La faute à mon sens à une production un peu légère et peu consciencieuse: entre le fait qu’il me fallait donner des conseils et idées de cadrage au réalisateur et la simplicité des questions qui ne faisait que des vainqueurs aux émissions.
J’avais en effet proposé mes services pour la rédaction des questions, mais le producteur a préféré demander à un de ses amis. Lors de la première sessions d’enregistrement, trois émissions sont mises en boîte. Les questions sont d’une facilité déconcertante et malgré cela, on me demande, pour les besoins de timing de l’émission, d’utiliser les 20 secondes de réflexion des participants. Cependant, quand vous leur posez des questions du genre “combien font 2+2?” et que l’équipe répond en deux secondes “4”, il est difficile de leur demander pendant les 18 secondes restantes s’ils sont certains de leur réponse et s’ils veulent encore réfléchir un peu!
Après les trois premières émissions, l’émission en compte que des vainqueurs peu glorieux vu la simplicité des questions. De plus, la dernière question est souvent totalement dénuée d’intérêt, car les candidats répondent juste aux 4 premières et ont donc gagné avant la 5ème question.
Je m’en vais parler au producteur et lui expliquant qu’il m’est impossible d’assumer des questions aussi nazes et auxquelles on peut répondre en deux secondes. Je lui propose d’intégrer des questions de calcul qui obligeront les candidats à réfléchir pendant une partie des 20 secondes, comme par exemple “combien obtient-on en additionnant le nombre de pêchés capitaux avec le nombre de doigts d’un main et en soustrayant le nombre de cantons suisses?”. Si la question reste somme toute simple, elle fait appel à de la réflexion et engage le téléspectateur à jouer devant son écran et occupe une grande partie des 20 secondes de réflexion.

Je rappelle aussi au producteur qu’un jeu télévisé prend aussi son intérêt quand il y a des perdants (ce qui valorise également les gagnants) et qu’il est impératif que la troisième question soit très difficile, ce qui rend les question 4 et 5 bien plus palpitantes car les participants sont condamnés à répondre juste s’ils veulent gagner. Il préfère cependant garder son ami comme rédacteur en me promettant de lui demander de corser les questions.
Quand la semaine suivante je reçois les questions, je découvre en question numéro 3 d’une émission “dans quel conte la princesse perd-elle sa pantoufle de vair?” et en question numéro 5 d’une autre “quel cow-boy solitaire tire plus vite que son ombre?”, je crois devenir fou! Quand je fais la remarque, on me prend un peu de haut: je ne suis qu’animateur, pas rédacteur de question.
Au final, je me retrouve à nouveau à animer des émissions où, après 4 questions, le jeu n’a plus d’intérêt car les participants ont déjà gagné. 5 émissions, 5 gagnants, des questions peu intéressantes, une narratologie très pauvre dans les émissions, de piètres audiences… Le couperet tombe: l’émission est arrêtée.